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 correction du plan détaillé sur le sujet "peut-on désirer être inconscient?"

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patrick sorrel



Messages : 17
Date d'inscription : 07/09/2015

MessageSujet: correction du plan détaillé sur le sujet "peut-on désirer être inconscient?"   Mer 7 Oct - 11:05

Pistes de réflexion sur le sujet :
“Peut-on désirer être inconscient?”

Problèmatique : Le désir d'être provisoirement ou partiellement inconscient est de plus en plus revendiqué et légitimé dans notre société sur-stressée par sa recherche de contrôle et de maitrise ; mais ce désir est absurde et irrationnel quand on l'analyse dans son essence : l'espoir fou d'échapper à sa condition d'être conscient et de fuir la responsabilité qui va de pair. Il est donc paradoxal puisqu'il est la manifestation d'une grande conscience de ce dont on ne veut pas être conscient. Et il est paradoxal tout simplement parce qu'être inconscient c'est ne plus être, ne plus exister en tant que sujet. Or peut-on désirer ne plus exister ?

I ) Désirer être inconscient est normal, nécessaire et légitime.

A) Conscience = attention portée à la vie (Bergson) : nécessite une concentration et une énergie constante appliquée à une mutlitude d'objets. D'où la fatigue, le stress, la “tension existentielle” d'une journée (d'autant plus dans le monde moderne).
Il est normal de désirer relacher la conscience de temps en temps pour la soulager de cette tension. Inconscience = diminution de l'attention que l'on porte aux choses et à la vie. Relaxation, rêverie, ou même sommeil!
Plusieurs moyens possibles :
 Consommation de substances chimiques qui agissent sur la concentration en la diminuant (alcool, stupéfiants, calmants, hypnotiques, etc.). But : soulagement de la tension existentielle. Consommation non seulement normalisée mais revendiquée de nos jours.
 Lacher prise, déconnection de la réalité et oubli de soi dans la rêverie éveillée, pratique très courante en cours (de philosophie Wink)
 Assoupissement quotidien du soir = mise en veille de la conscience dans des phases d'inconscience plus ou moins profondes (sommeil paradoxal du rêve ou sommeil profond). Phase nécessaire de la journée : récupération et intégration des moments importants.

B) D'où la question : le désir d'être en état plus ou moins profond d'inconscience est fréquent (et proportionnel à la tension existentielle du sujet) ; mais est-il légitime? Peut-on vraiment désirer être inconscient?
Analyse épicurienne du désir : Désir = tendance à vouloir combler un état de manque engendrant une souffrance par déséquilibre. Désirer = vouloir restaurer l'équilibre. Attention le désir d'être inconscient est-il naturel et nécessaire (à la vie, la santé du corps ou la sérénité de l'esprit) ; naturel mais non nécessaire (= en excès) ; ou bien ni naturel ni nécessaire (= futile et problématique) ?
A l'évidence, dormir est un désir naturel et nécessaire (à la sérénité, à la santé du corps et peut-être même à la vie). Avoir des moments de détente ou de relaxation après le stress ou l'effort semble tout aussi nécessaire. Epicure dirait que le principal est que cela ne devienne pas une dépendance (trop dormir, ou être souvent somnolent, etc.) car déséquilibre. Peu de risque, la vie nous rattrape (stress, activités, besoins, etc).
Être inconscient, de temps en temps, est donc un désir naturel et nécessaire à l'équilibre du corps et de l'esprit. Critique de la société du sur-stress = engendre le besoin de relaxation et de déconnection des individus.

C) Si on suit cette logique, on arrive à la définition bouddhiste du bonheur ultime : le Nirvana.
“Nirvana” signifie “extinction” en hindou ou encore “libération”. Libération de la souffrance du “samsara”, le cycle pertpétuel des renaissances qui engendre la souffrance de chaque vie. Chaque vie est la conséquence du karma de la vie précédente, donc renaissance = nécessité de purger le mauvais karma de cette précédente vie. Celui qui n'a plus de karma à purger (sagesse ultime!) atteint le nirvana : il ne renait plus. Fini. Plus rien. La paix totale, ou encore l'ataraxie totale (absence de troubles chez les grecs).
Application au monde moderne (et athée). C'est parfois dans ce même désir d'exctinction de la conscience (donc inconscience totale) que certains peuvent penser au suicide. Ne plus vivre = ne plus souffrir. Désirer = souffrir (puisque le désir est l'expression du manque donc de la souffrance). Donc désirer mourir = désirer ne plus désirer, ne plus souffrir, ne plus être conscient. Désir ultime (au sens où ce sera le dernier, si l'acte réussit).

Transition : on voit déjà le paradoxe d'un tel désir. Dans quel état de détresse pouvons nous être pour désirer ne plus être? Et si l'inconscience est toujours absence (relative dans le sommeil ou dans l'ébriété, apparemment totale dans la mort), comment désirer être absent plutôt que présent? Contradictoire!

II) Désirer être inconsient est une illusion absurde et illégitime.

A) Paradoxe : désir = activité de la conscience. On ne désire que ce dont on a conscience. Comment désirer être dans un état dont on n'est pas conscient?
En réalité on ne désire pas dormir mais se reposer = on désire être en forme le matin, être relaxé, détendu = donc conscient d'une plus grande sérénité. Inconscience = moyen et non fin.
Idem pour l'alcool : ce n'est pas l'état d'inconscience que l'on désire mais l'état de conscience modifiée : vivre d'une manière plus spontannée, plus “débridée” ou désinhibée. Donc être conscient, mais d'une manière différente. Sans entraves ou limites imposées par les normes ou habitus de la société.
Première conclusion : le désir se porte sur un état de conscience (différent, modifié, etc) et non sur un état d'inconscience.

B) Définition spinoziste du désir comme “conatus” (ou impulsion de vie). Désir = expression de la vie en nous, de la “puissance d'être”, de l'envie de continuer. Donc désir d'être totalement et définitivement inconscient = conséquence d'une souffrance (physique ou psychique) ultime, insupportable et (apparemment) sans espoir. Désir extrème et donc anormal : ne peut représenter une norme mais tout au plus un cas-limite : comment désirer ne plus être celui qui désire? Symptomatique de l'échec du désir, c'est à dire de cette puissance de la libido (orientation vers l'action, l'effort et la progression dans une direction).
Désir d'être inconscient = preuve de l'échec du désir.

C) Or addiction aux états de partielle inconscience (drogues, alcools, médicaments, etc.) = équivalent lent et répété de ce que la tentative de suicide est de manière brutale et immédiate. Symptome d'une fuite hors de la vie, d'une volonté de “court-circuiter” la vie et les efforts nécessaires pour arriver à ses fins. Illusion absurde d'un sentiment de plus grande liberté (ex : alcool) alors que l'inconscience engendrée est plutôt un enfermement, un rétrecissement de la vie. CF analyse de Stuart Mill : qui désirerait échanger un bonheur plus difficile à obtenir parce que nous sommes plus conscient (donc des difficultés, du principe réalité, des sentiments et émotions, etc.) contre un bonheur plus facile à obtenir à la condition d'être un idiot? Ou un animal inférieur? Qui n'a pas honte de s'être mis dans un état de débilité relative après avoir trop bu?
Désir d'être inconscient = symptôme de l'illusion d'une liberté illusoire comme absence de contraintes, ou d'un bonheur facile comme stupidité artificielle. “Heureux sont les simples d'esprit”. Mais ce ne sont pas les simples d'esprit qui le disent...

D) Conséquence : Désir d'être inconscient = désir de mauvaise foi. Désir inauthentique. CF Sartre : mauvaise foi = attitude de déresponsabilisation du sujet devant l'angoisse de l'action libre. Si je suis en pleine conscience de ce que je fais, alors j'en suis responsible. Angoisse. Donc je choisis (librement et consciemment, donc de mauvaise foi) de me rendre inconscient. Mais je suis conscient de ce que je fais quand je fais cela, même si je ne veux pas en être conscient. Je me mens. Ex : vouloir être inconscient d'avoir commis un acte dont on est peu fier (tromperie?). D'où le désir de boisson (ou autre). D'inconscience. D'oubli. Inefficace. Mauvaise conscience, refoulement, inconfort, désir de boire plus. Cerce vicieux dont le sujet est totalement responsable. Conclusion : désir d'être inconscient = désir inauthentique et inefficace.

Transition : Problème : suffit-il d'être conscient de l'absurdité du désir d'être inconscient pour ne plus l'éprouver? D'où vient ce désir? Quel est son lien avec l'inconscient, au sens psychanalytique? Peut-on se passer d'une analyse de l'inconscient pour résoudre ces questions?

III) Vouloir être conscient des racines inconscientes du désir


A) il ne suffit pas de dire que l'homme est de mauvaise foi, il faut comprendre pourquoi. Nécessité de l'analyse psychanalytique du désir d'inconscience. Complexe du refoulement et de la résistance : Freud. Analyse du rapport entre la sphère consciente et la sphère inconsciente du sujet. Pression des instances inconscientes sur le désir : “il faut que ça sorte”. Analyse du “ça” (à l'origine de certains désirs d'inconscience : état d'ébriété = libération des pulsions de vie et parfois de mort). Analyse de la résistance du sujet : garder l’impression de contrôle (donc n’aime pas les états d’inconscience), peur de l’inconnu (qu’est-ce qui peut m’arriver en état d’inconscience?). Résultat : sujet tiraillé entre ses désirs de conscientisation des contenus inconscients et son “désir” de refouler ce qui est incompatible avec ses exigences conscientes. Ex : la honte est bien un désir de faire disparaitre un aspect de son vécu qui est “honteux” (“je voudrais ne plus exister!”) mais elle est aussi l'expression d'un désir pulsionnel qui a pu échapper à la censure et produire l'action dont on est peu fier (en soirée bien arrosée par exemple).
B) Paradoxe de l'inconscience : permet aux pulsions refoulées de s'échapper quelques instants (on est jamais aussi vérace qu'en état d'ébriété, dit-on) mais augmente ensuite la répression et le refoulement de ces pulsions. D'où le mal-être croissant, la névrose, et le désir de nouveaux états d'inconscience, etc. Problème aussi rencontré par Freud à ses débuts de pratique hypnotique (état de conscience modifiée = accès facile à l'inconscient, mais renforcement de la résistance au réveil de la conscience). Conséquence : 2 “désirs” d'inconscience à distinguer comme les 2 parties d'un même processus. 1) désir (orienté par le côté inconscient) de se mettre dans des états de partielle inconscience, propices à l'extériorisation des complexes refoulés. 2) “désir” (orienté par le côté conscient) d'oublier ces phases de libération et de refouler plus profondément les complexes inconscients dévoilés. Ex des rêves, dont on dit qu’ils sont absurdes quand on s’en rappelle…

C) Comment résoudre ce problème? Solution possible dans la conscientisation des complexes inconscients qui ressortent dans les états modifiés de conscience (rêve, hypnose, transe, etc.) = psycho-analyse de Jung.
Double enjeu :
1) chercher à intégrer les contenus inconscients dans le vécu de la conscience (analyse des rêves, etc)
2) Attention : nécessite de travailler en binôme avec un thérapeute qui analyse les symptômes conscientisés (actes manqués, lapsus, rêves, associations d'idées, etc.) pour construire une image des contenus inconscients.
Remarque : les deux phases demandent un effort sans cesse renouvelé. Donc de la volonté plutôt que du désir. Il faut vouloir être conscient de ce que l'on désire rendre inconscient. Et il faut vouloir rester en pleine conscience quand l'on désirerait plutôt se laisser aller à l'inconscience.

D) Elargissement : qu'est-ce que la “méditation de la pleine conscience” (“vipassana”) dans le tantrisme shivaïte par exemple? Processus similaire de conscientisation (mais en solitude, donc pas de dialogue avec une tierce personne) : explorer les contenus de sa conscience sans les juger ni les refouler ni leur résister. Accueillir. Etre là. Donc méditation = contraire de relaxation (tant pis pour le préjugé) car méditation = éveil maximal de la conscience (dur à soutenir longtemps, demande un effort pour soutenir l'attention) afin de ne pas passer “à côté” de ce qui entre dans la spère consciente. Attention : médiation = contraire de “tension existentielle” de la 1ère partie (stress, désir de réussir, de s'améliorer, etc.) car méditation nécessite un lacher prise de la conscience sur ses propres contenus (pas de contrôle, de jugements, de désirs ou de craintes). Méditation = Etat intermédiaire entre la tension de la libido propre à nos sociétés occidentales modernes et le désir de se déconnecter de cette tension par l'inconscience, et qui n'est qu'une réaction à cette trop grande tension. Volonté d'être présent à soi. Donc con-scient (= cum scienta). A essayer Wink
DI)

Conclusion :
1) Désir d'être inconscient = réaction naturelle à la tension existentielle, renforcée dans notre société par toutes les sources de stress. Désir de ré-équilibrage et de sérénité (1ère définition du bonheur...)
2) Désir d'être inconscient = illusion et mauvaise foi, puisque sous prétexte d'une plus grande “liberté” on refuse sa responsabilité d'être conscient et on fuit l'angoisse d'avoir à être et à désirer être mieux (libido ou conatus : puissance vitale).
3) Désir d'être inconscient = expression d'une nécessité (naturelle) d'extérioriser les contenus inconscients mais en même temps d'une nécessité (consciente) de les refouler et de les rendre toujours à nouveau inconscientes. Lutte sans fin mais possibilité de choisir une relative “conscientisation” pour retrouver un certain confort de vie, entre conflit et fuite. Donc mieux vaut vouloir être consicent que désirer être inconscient.
4) Ouverture : Dommage que l'Occident ne soit pas encore prêt à franchir le pas que toutes les sociétés dites “primitives” ont franchi avant nous : à savoir l'utilisation de profonds états de transes inconscientes pour accéder à des strates inaccessibles à la conscience “normale”, et pourtant bien utiles à son épanouissement et à son individuation (pour citer Jung). Pour l'instant nous continuons à nommer 'hallucinations chamaniques” ce que des psychiatres commes Karl Jung ou Stanislav Grof ont nommés “expansions de la conscience”. Y aurait-il un lien entre la grande inconscience et l'éveil de la conscience? Ne pourrions nous pas imaginer que la plus grande inconscience soit en réalité la plus grande conscience, comme semblent le rapporter de plus en plus de témoignages de personnes réanimées après des états de “mort clinique provisoire” (encore appelés “expériences de mort imminente”, d'après le néologisme imposé par les succès de la médecine de réanimation). A voir, ou pas.

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